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Abbaye Notre-Dame de l'Ardorel

Vous ne trouverez pas ici un article rédigé ; uniquement des copier-coller effectués sur les rares sites évoquant cette abbaye disparue qui serviront pour écrire un article et que vous pouvez consulter car ils retracent l'histoire de cette abbaye et présentent des illustrations intéressantes

https://bruzesepia.chez.com/pageardorel.html

On y accède de Mazamet par la route de Castres . A l'entrée du village d'Augmontel un chemin de terre part vers la gauche, une croix se trouve à l'entrée; à cette bifurcation, il faut prendre sur la droite,

vers la magnifique forêt qui cache les ruines de l'abbaye.On voyait encore avant la guerre 39-45, les murs de l'église, mais également le puits, le soubasement des murs d'enceinte et celui des murs

d'enceinte et celui des tourelles d'angle. Voir plan approximatif de l'ARDOREL. Depuis 1586, la cloche ne tinte plus; plus de psalmodie ni de chant monastique, plus de silhouette de moine priant en silence,

ou égrenant son rosaire dans les manches de sa coule et travaillant avec son paisible attelage de boeufs.

Amoiries qui présentent une grande ressemblance avec celles de l'Abbaye mère Cadouin et qui peuvent êtr considérées comme celles de l'Ardorel. Cette pierre est actuellement située sur une maison du village d'Augmontel, elle aurait été récupérée en 1756.

ORIGINES HISTORIQUES

Monts ou vallées signifient en général la recherche de la solitude qui est à l'origine d'un monastère, car c'est cela que recherche tout spécialement celui qui veut se mettre à la suite du Christ dans la vie

contemplative. de tout temps, il y eut des hommes qui se retirèrent de la socièté pour vivre dans des lieux solitaires: des disciples affluent autour d'eux, les notables voisins bâtissent alors un monastère,

on adopte la régle de Saint Benoît: c'est une histoire fréquente qui existe de nos jours encore. Saint Benoît de Nurcie, patriarche des moines d'Occident, patron de l'Europe honoré en l'église d'Augmontel. L'origine monastique de L'Ardorel reste confuse. Quelques documents "locaux" indiquent dés 1114 la présence d'une communauté monastique et bénédictine en ce lieu. d'où venait-elle? Du monastère Saint-Benoît de Bellecelle de Castres? De l'abbaye de Saint-Pons de Thomières? De l'abbaye de Saint Martial de Limoges? Du célébre monastère de Saint-Benoît d'Aniane ou de l'abbaye Saint-Victor de Marseille qui avait des dépendances jusqu'en Albigeois? Nous ne le saurons peut-être jamais. Voir la métairie de Notre-Dame d'Ardorel appelée"Le couvent" gravure imprimée dans une étude de Léopold Bonnet (Ed.1907,Albi).

FILIATION SPIRITUELLE

Cadouin était une fondation de Fontevrault; aussi pour mieux connaître l'esprit monastique de la communauté de l'Ardorel, tournons-nous vers deux personnages qui eurent un rôle spirituel important dans cette congrégation et dans le maintient du monachisme en Languedoc au XIIe siècle. Le premier de ces personnages est le Bienheureux Robert d'Abrissel (1045-1116), fondateur de Fontevrault. Avec lui, nous

rencontrons la note apostolique dans l'ordre monastique. Ancien vicaire général de Rennes, il répartit les nombreux disciples qui sont venus partager sa vie d'ermite pénitent dans la forêt de Craon dans le Maine, aujourd'hui département de la Mayenne. Après avoir vu UrbainII, il s'en va prêcher dans l'Ouest la pauvreté et la pénitence. Pour fixer enfin la foule ambulante de disciples que sa parole ardente a ttirés vers la vie consacrée, Robert fonde aux confins de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou, l'abbaye de Fontevrault. Ces cénobites pratiquent la régle de Saint Benoît. La vie est austère(silence et abstinence perpétuels,interdiction pour les moines de recevoir églises paroissiales, dimes...visites féminines.) Robert continue ses prédications et fonde de nouveaux monastères jusqu'à sa mort. Sa congrégation, approuvée par PascalII(1106), confirmée en 1113 par une bulle accordant l'exemption pontificale fut très prospère au Moyen-Age. Notre Languedoc connut une véritable floraison de monastères fontevristes de moines et surtout de moniales.

Quant au deuxième personnage, le bien heureux Géraud de Sales, il était fils spirituel de Robert d'Abrissel. Il accompagna son maître en 1114 à Toulouse, fonda, en cette même année, le monastère de Cadouin,dont il devint abbé, qui fonda l'Ardorelen pays Castrais, ainsi que Granselve au diocèse de Toulouse(aujourd'hui Montauban) d'où sortira Candeil, près de Graulhet en Albigeois. Géraud de Sales est né dans le Périgord, à Sales vers 1070. Jeune encore, il se rend auprès de Robert d'Abrissel, et vit quelque temps avec lui; il désire"le desert" de plus en plus, cependant son Maître lui conseille de se faire chanoine à Saint Front(chanoine régulier de Saint Avit). il obéit, mais un peu plus tard, toujours tourmenté par l'appel à la vie d'ermite, il va consulter de nouveau Robert d'Abrissel et se fait ermite: "de paupere canonico factus pauperior eremita" (de pauvre chanoine, il devint un ermite encore plus pauvre). Quelque temps après, on le trouve prédicateur-itinérant, sous l'autorité de l'évêque de Poitiers. Il commence alors à fonder des ermitages où il dissémine ses recrues, à partir de 1113. Cest à cette époque que les moines de Cadouin arrivèrent à l'Ardorel (1124). Quatre ans auparavant, Géraud de Sales mourait,laissant son empreinte de père et de chef à ses frères. Il avait prescrit à ses moines (tout comme le faisait autrefois son Maître), de suivre la régle de Saint Benoît à la lettre, selon la formation reçe au désert de Craon, partie boisée du Maine. Il visitait souvent ses fondations. Ces ermitages devinrent abbayes sous la tutelle de l'Ordre de Cîteaux, par l'intermédiaire de l'abbaye de Pontigny(Géraud de Sales figure au "Ménologe Cistercien" au 20Avril. Le texte dit qu'il ne fut jamais cistercien). Pour l'Ardorel, il s'agit d'entrer dans l'esprit de la Mitigation, en attendant de faire partie de plein droit du Chapitre Général cictercien. Ce qui n'arrivera d'ailleurs que quelques siècles plus tard. Son successeur à l'abbaye de Cadouin, le Père abbé Elie, ne se hâta point de réaliser la fondation des frères Bonhomme, négociateurs de Dame Cécile de Provence. Il envoya frère Bertrand comme supérieur avec quelques moines dans les terres offertes par la généreuse fondatrice, l'Aradorel, en Languedoc. Les textes disent: "aux confins du Toulousain." Ces premiers moines ardoreliens, sont mentionnés dans l'acte de décès de Dame Cécile de Provence(1136), acte de donation fait par Bernard de Miraval. C'est d'ailleurs au supérieur de la nouvelle fondation, Bertrand, qu'incomba le soin de donner la sépulture dans l'église conventuelle aux restes de la vicomtesse Cécile; le tombeau était recouvert d'une dalle portant une inscription en vers latins, dont la "Gallia Christiana" édition 1703 nous donne la teneur :

Omnis qui nescit, discat quoniam requiescit

Hoc in sarcophago Caecilia vera virago.

Ista monasterium fecit, reliquiasque domorum.

Culta vel inculta dans fratribus haec bona mulà.

Ergo praesentes orent pariterque sequentes,

Hac pro defunta, quibus hic sunt praestita cuncta. Amen

Que celui qui l'ignore,

sache que repose dans ce sarcophage

la très digne Dame Cécile.

C'est elle qui a fondé

le monastère et ses dépendances

et a doté les frères

de ses nombreux terrains en friches

et de ses nombreuses terres arables.

Par conséquent, les (moines) présents

et aussi ceux qui leur succéderont

doivent prier pour cette défunte,

eux à qui tous ces biens ont été donnés en ce lieu. Amen

Dés lors, l'Ardorel mena sa vie de paix et de travail, excepté quelques accrocs avec les seigneurs et notables, et paysans voisins, dus au quotidien de la vie des hommes. En 1165, le père abbé de l'Ardorel,Jean, achète à Gibert de Brétés divers biens situés à la Rive, sur la paroisse Saint-Pierre-de-Fronze. L'acte de vente, conservé aux Archives départementales du Tarn(série H2) est d'ailleurs la première citation historique de Saint-Pierre. En 1244, Jourdain de Saissac, seigneur d'Hautpoul, vendait lui-même des terres de Caucalières à l'abbé de L'Ardorel. Aux ventes s'ajoutèrent les donations. Le 24 Mars 1163, Huc du Vintrou et sa femme donnent à l'abbé de l'Ardorel, Pierre, le Mas-de-Fronze. En 1168, Arnal-Raimond et Pierre-Raimond d'Hautpoul abandonnent à l'abbaye les droits qu'ils avaient sur ce mas de Fronze. Les seigneurs d'Hautpoul n'oublièrent pas non plus les moines de l'Ardorel dans leurs testaments. Ainsi Arnaud Ramond en 1222, Jourdain de Saissac en 1283, Bernard Revel en 1315...La liste serait longue. Les terres de l'abbaye s'étendirent peu à peu dans la région Mazamétaine. Monastères Cisterciens dans le Midi de la France, Cf. Frédéric Van Der Meer " "L'Atlas cistercien".Bruxelles, Edition Sequoia, 1965.

Jourdain de Saissac qui, pour faire oublier son passé cathare, avait comblé de biens l'abbaye de l'Ardorel, désira s'y faire enterrer, spécifiant dans son acte de 1283, qu'il le faisait en vue du salut deson âme... Il accorda finalement sa sépulture aux Frères Prêcheurs de Castres, avec une rente gagée sur ses droits de l'eude de Caucalières.Les testaments de Arnaud-Ramond d'Hautpoul de 1222, de Bernard revel(1315), font expréssément mention de leur désir d'être ensevelis dans la clôture du monastère de l'Ardorel.(cf. R. Veaute-Bulletin Paroissial de Saint-Pierre de Fronze, 1956). Il est remarquable que l'Ardorel essaima trois fois au début de sa présence dans notre région Castraise. Tout d'abord à Valmagne (Hérault) en 1138, sur la commune de Villeveyrac, puis à Saint-Sauveur de Sira (Pyrénées-Orientales) entre Angils et Vilamulaça en 1139, monastère supprimé peu après, enfin à Notre-Dame du Jau ou Cleriana (P.O.) en 1162, sur la commune de Mosset. (Notons que ce second départ d'un "essaim monastique bénédictin" en Roussillon n'est pas forcément une fondation, mais une affiliation.) En 1529, on constate aux portes de l'abbye Sainte-Marie de l'Ardorel, de l'Ordre de Citeaux, l'affiche d'un procès-verbal(pareatis), en faveur d'Antoine Bennette, abbé pouvu de l'abbaye cistercienne de Calers, au canton de Cintegaelle(H.-G.) contre dom Marie de Villers qui prétendait à la même dignité (cf. Barrière-Flavy "l'Abbaye de Calers" 1147-1790, toulouse, 1887).

On relève deci-delà, quelques noms d'abbés ou de moines. L'abbé Foulques, moine de Cadouin, premier abbé de l'Ardorel est mentionné avec le frère Vivien, dans un manuscrit de 1140 (cf.Maubourget - Le Cartulaire de Cadouin). A la même époque ce même manuscrit mentionne Etienne, le prieur. En Mai 1165, un concile fut convoqué par les seigneurs et les évêques de l'Albigeois et du Toulousain. Pierre II, abbé de l'Ardorel s'y trouve auprès des abbés cisterciens de Grandselve et Candeil. Quarante-et-un ans après sa fondation, l'Ardorel est déjà un "haut lieu" religieux de l'Albigeois.

Plus haut nous avons parlé de la Mitigation. Les moines de l'Ardorel, comme ceux de Cadouin - qui étaient venus de l'abbaye de Pontigny fondation Citeaux - n'accepteront pas de faire partie intégrante de l'Ordre cistercien. Ils voulaient leur autonomie. ("La Règle Mitigée de Citeaux du XIIe siècle - A propos de l'Ardorel en Albigeois", publié en 1922, donne tous les détails souhaités pour le lecteur qui désirerait s'y reporter. Enfin en 1550, le Chapitre Général de Citeaux accepta "pleinement" l'Ardorel au sein de l'Ordre.

L'Ardorel vécut donc la spiritualité cistercienne, telle qu'elle avait été définie à l'origine de l'Ordre par la "Charte de Charité". Saint Robert, abbé de Molesme, avait voulu revenir à la pauvreté et à la ferveur primitive du vieux tronc bénédictin (VIe siècle). L'arrivée en 1111 d'un jeune bourguignon du nom de Bernard de Fontaines, suivi de trente compagnons allait donner au nouveau rameau bénédictin, connu dès lors sous le nom de cistercien, une extraordinaire extension. Agé de 25 ans, Bernard fut élu abbé de Clairvaux d'où devait sortir une multitude de monastères. Saint Bernard était dans l'Albigeois en 1145. Son influence n'est certainement pas étrangère au changement de l'Ardorel. Au XIIe siècle, l'ordre cistercien compta plus de cinq cents abbayes et prieurés disséminés à travers l'Europe.

Les moines de l'Ardorel possédaient donc "l'esprit originel" de l'Abbaye Mère, Citeaux, le souci d'une vie monastique authentique, un véritable amour pour la solitude et la vie cénobitique (c'est-à-dire la vie en commun), un culte tout spécial pour la simplicité et la pauvreté - leur vie austère et contemplative; ils avaient une dévotion mariale, développée par les "premiers Pères", de l'Ordre: les saints abbés Robert, Etienne, Albéric, Bernard, Guillaume de Saint-Thierry, Amédée de Lausanne, Guerric d'Igny, Aelred de Rievaulx, Issac de l'Etoile...sans parler d'Alain de Lille.

Dès 1588, l'Abbé François d'Ambroise prit possession de l'Ardorel, comm abbé commendataire, or la commende fut pour la communauté de l'Ardorel, comme pour tant d'autres communautés le commencement de sa perte. L'histoire ne nous dit pas pourquoi les moines habitaient alors leur"grange" de la Rhode, près de Lempaut, au diocèse de Lavaur (aujourd'hui d'Albi). Avaient-ils déjà le pressentiment d'une catastrophe toute proche ?(Le Prieuré de la Rhode fut en 944 bénédictin puis cistercien).

La terrible époque des guerres de religions en Albigeois et dans tout le Languedoc, fut un désastre général pour les églises et monastères, elle provoqua aussi l'anéantissement de l'abbaye Sainte-Marie de l'Ardorel qui fut pillée et incendiée, mais pas démolie, comme ce fut le cas pour la Chartreuse de Notre-Dame de Beauvoir à Saix.

Ce monastère situé dans un lieu retiré, fut pris et repris: ce qui explique l'exode de la communauté à la Rhode. L'on peut penser que quelques moines seraient restés comme gardiens et c'est alors qu'eut lieu la tuerie des moines en pleine nuit, au moment de Matines et parmi eux l'abbé commendataire Jean de Mondagot, qui furent tous - dit la légende - jetés dans le puits du cloître. Vers la fin du siècle dernier,on effectua des fouilles au sein des ruines de l'abbaye et notamment dans le puits où furent jetés les corps des suppliciés. Une tradition orale assure qu'effectivement les ossements furent retrouvés. Un squelette portait encore la croix abbatiale. La crosse de l'abbé aurait été découverte peu après... voir le puits de l'Ardorel.

Quant aux ruines de l'abbaye, on en retrouve encore quelques vestiges, notament les fondations de l'église conventuelle et peut-être la salle capitulaire, dans la forêt qui termine à l'est le Causse de Labruguière. "... il ne reste plus à présent de cette abbaye que le mur Nord aux trois quarts démolis, mais toujours remarquable par son épaisseur: 1,50m. C'est le mur, côté Nord, de l'ancienne chapelle (église conventuelle?). A travers les ronces et broussailles on retrouve aussi quelques vestiges qui permette de reconstituer le plan classique des monastères cisterciens."(cf. Veaute op.cit).

La caserne Drout à Castres, aurait été construite en partie - à la fin du XVIIe siècle avec des pierres de l'abbaye de l'Ardorel. Tradition orale qui se perpétue. Quelques magnifiques pierres se trouvent actuellement au musée Cathare de Mazamet, ainsi que chez des particuliers, que l'on peut voir de nos jour, à Augmontel notament...

Les moines cisterciens de l'Ardorel ont mené sans discontinuer pendant quatre siècle une vie régulière et laborieuse, témoignage de foi pour notre contrée qui faisait dire, en substances, à l'abbé Bibilis,curé d'Augmontel, au XIXe siècle:"nous voulons que Saint Benoît, père des moines soit honoré ici, dans cette paroisse, car autrefois était une terre de louange et d'amour, de vie fraternelle dans le silence et la joie."

Mairie Payrin Augmontel :

La création de l’Ardorel

L’église au début du XIè siècle est encore fortement liée au pouvoir des grands seigneurs qui perçoivent des revenus issus des biens de l’église, désignent les prêtres et les prélats. Un mouvement de réforme se développe dans la seconde moitié du Xè siècle pour libérer l’église de la puissance laïque. Le monachisme se développe, en particulier l’ordre des cisterciens qui rompt avec la règle traditionnelle des bénédictins. Le nouvel ordre pratique l’ascèse dans la solitude et insiste sur la méditation intérieure.

L’abbaye de Sainte-Marie d’Ardorel fut créée en 1124 sous l’impulsion de Cécile de Provence, épouse de Bernard-Aton, vicomtesse de Béziers, femme célèbre pour sa beauté et très pieuse. Elle favorise l’installation d’un petit groupe de moines venant de la communauté de Cadouin en Dordogne (communauté cistercienne fondée par Géraud de Sales) dans une combe déserte du causse d’Augmontel, nommée Ardorel qui signifie terre de labour, à une douzaine de kilomètres de Castres, sur la paroisse de Notre-Dame de Sanguinou, près de Caucalières. Une communauté bénédictine existait peut-être dès 1114 en cet endroit. L’Abbé Elie, Prieur de Cadouin vient avec douze moines défricher le site et construire une première chapelle dédiée à la Vierge Marie, selon la règle de Citeaux.

Les seigneurs du Vintrou, d’Hautpoul et de Miraval relevant de la vicomtesse, offrent des terres à la nouvelle abbaye et des dons nécessaires à l’entretien de l’abbaye. L’Abbé Elie, une fois l’abbaye bien développée, s’en retourne à Cadouin, laissant le soin à l’Abbé Foulque de gérer l’abbaye. Rapidement, en une quinzaine d’années, l’abbaye possède un rayonnement considérable. Son influence spirituelle suscite la création de deux autres monastères, Notre dame de Valmagne en 1138 et Saint Sauveur de Sira en 1139. Enfin, en 1162, un troisième monastère est fondé à Notre-Dame du Jau. Les divers monastères gardent des liens spirituels entre eux, le père abbé d’Ardorel visite régulièrement les établissements fils.

Décédée en 1136, Cécile de Provence est inhumée au prieuré, dans l’église conventuelle. Le tombeau recouvert d’une dalle porte une inscription en latin : " Que celui qui l’ignore, sache que repose dans ce sarcophage, la très digne Dame Cécile. C’est elle qui a fondé le monastère et ses dépendances, a doté les frères de ses nombreux terrains en friches et de ses nombreuses terres arables. Par conséquent les moines présents, et aussi ceux qui leur succéderont, doivent prier pour cette défunte, eux à qui tous ces biens ont été donnés en ce lieu." Cette dalle a été détruite à la révolution.

Une abbaye prestigieuse

Roger, fils de Cécile, Vicomte de Carcassonne, d’autres grands seigneurs comme Trencavel, Armengaud, le seigneur du Vintrou, le seigneur d’Hautpoul font des dons considérables au monastère. En 1163, Huc du Vintrou et sa femme donnent le Mas de fronze. Un document conservé aux Archives départementales du Tarn mentionne les testaments faits en faveur de l’abbaye par Arnaud Ramond, seigneur d’Hautpoul, le 29 décembre 1222. Ce parchemin de 12 cm sur 18, mentionne les biens légués à la communauté religieuse, tous les droits du seigneur sur la Bordaria de la Boqueta, et diverses quantités de grains aux églises de la contrée, aux maladreries de Labruguière et de Saint-Amans et à l’hôpital de Labruguière. Le testament porte la mention de leur souhait d’être inhumé dans l’enceinte du monastère. En 1283, Jourdain de Saissac, ancien cathare, se montre très généreux envers l’Ardorel.

Le domaine de l’abbaye s’étend largement sur la paroisse de Saint-Pierre de Fronze, à Fontalba, Roussoulp, Saint-Alby, Aussillon, Caucalières. Une grange (Les granges sont des domaines agricoles gérés par les moines) se forme à La Rode, paroisse de Lempaut. A Augmontel, hameau créé par les moines, les fermes exploitées sous leur direction portent peut-être déjà les noms de Mirassou, Cantegrel, La Crozes ? Le Père abbé administre le petit bourg, lève les dîmes et rend justice ( L’abbaye a gardé des privilèges étrangers à la règle stricte de Citeaux). L’exploitation des granges est assurée par des convers issus de la paysannerie, les moines de choeur effectuent peu de travaux manuels, mais copient et illustrent d’enluminures les manuscrits.

Au milieu du XIIIè siècle, l’abbaye compte treize moines, dont des fils (souvent des cadets) de seigneurs descendants des premiers donateurs. La règle cistercienne primitive très stricte, isolement, silence, frugalité, travail manuel, travail aux champs, prières s’est assouplie dès la fin du XIIè siècle. Pendant plus de 400 ans les moines d’Ardorel mènent une vie simple, entre travaux des champs et recueillement au sein de la forêt reliant le village de Payrin à celui d’Augmontel. Mais, les guerres de religion opposant les protestants, qui tenaient la vallée du Thoré, aux catholiques, affaiblssent l’abbaye. En 1573, l’Abbé d’Ardorel demande de l’aide aux catholiques pour faire rentrer les revenus des fermes situées sur la rive gauche du Thoré. Les catholiques assiégés à Saint-Alby capitulent devant les calvinistes de Mazamet, de Saint-Amans et de la montagne.

La fin de l’abbaye

En 1586, un parent de l’Abbé, converti au calvinisme s’introduit par ruse dans l’abbaye, et avec ses complices, poignardent les moines dans l’église. Les moines massacrés sont jetés dans le puits du cloître. La riche abbaye est finalement pillée et incendiée. Quelques rescapés au massacre se refugient dans la "grange" de la Rode à Lempaut.

Le prieuré ne fut jamais reconstruit, le site resta dès lors abandonné. En 1684, une note du diocèse de Castres précise qu’"il ne reste que les murs de l’église et le puits au milieu de la cour". La Rode accueille les moines de l’Ardorel et par la suite, les nouvelles vocations.

Les ruines

Des fouilles entreprises à l’Ardorel, dans la seconde moitié du XXème siècle, en particulier dans le puits, mirent à jour des ossements, un squelette portant une croix de l’abbaye, une crosse d’abbé. Avant la seconde guerre mondiale, on distinguait encore nettement les ruines de l’abbaye à travers la végétation. Un puits, quelques soubassements, les fondations de l’église et de la vaste salle capitulaire, des pans de murs envahis par les ronciers sont les seuls vestiges laissés à l’abandon de cet ensemble autrefois remarquable, situé aujourd’hui en terrain militaire non accessible au public.

Quelques pierres sculptées provenant de l’abbaye se retrouvent ici et là, à Mazamet, au musée d’histoire locale, sur une façade de la salle des fêtes et dans la salle de la Maison des Jeunes d’Augmontel ainsi que sur des murs d’habitations du village.

Ainsi, une pierre ouvragée représentant une crosse d’évêque provenant d’une clé de voûte a été insérée dans le mur d’une ferme, malheureusement à l’envers.

Le bénitier en pierre de l’église de La Madeleine provient certainement de l’abbaye.

Photos : Plan reconstitué de l’abbaye (par le Frère Ferras d’En Calcat), pierres sculptées sur la façade de la salle des fêtes d’Augmontel.

Sources : E. Cayre, les seigneuries de l’’Hautpoulois. Albi 1972. Frère Ferras : Un haut lieu cistercien, l’Ardorel. Castres.1978

 

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